À cause du pont du 1er mai, il a fallu attendre quatre jours avant d’obtenir la confirmation que le texte de Jean-Pierre Garnier donné ici le 28 avril, « Les dindons de la farce électorale », n’était qu’un vulgaire plagiat.

Comme certains l’avaient remarqué, la chronique de Garnier diffusée par le blog des éditions Agone était très majoritairement constituée du copié/collé d’un article signé Yvan Najiels dans son blog abrité par Mediapart, « Du grand entretien de Mediapart avec M. Mélenchon ». La ressemblance était tellement évidente que je n’ai pas soupçonné un seul instant la supercherie : Garnier et Najiels ne faisaient qu’un. Et puis c’était bien trop énorme et risqué pour être possible. De plus, cet auteur, dont on me disait le plus grand bien, ne pouvait que se tenir à l’écart de combines certes très communes en France, mais généralement réservées aux médiatiques, aux « intellectuels », du genre de Bernard-Henry Lévy, et à des universitaires sans foi ni respect pour les étudiants qu’ils pillent sans restriction. Je pensais surtout que quelqu’un attaché à critiquer les travers de notre temps, la violence éminemment contemporaine, la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires, selon le titre de son essai paru chez Agone, ne pouvait pas « marcher sur la gueule de la pensée des autres », pour reprendre l’expression de mon ami Olivier Favier au sujet de Garnier. Je viens d’apprendre en feuilletant le catalogue de son éditeur qu’il a même préfacé le classique de Lewis Mumford La Cité à travers l’histoire, c’est dire… Mais que je suis naïf !

En accord avec lui, j’avais laissé Charles Tatum mener seul l’enquête. Il a trouvé le texte d’Yvan Najiels que voici.

 

« Jean-Pierre Garnier, libertaire… mais plagiaire ! »
Par Yvan Najiels, Mediapart, 1er mai 2012

M. Jean-Pierre Garnier, sociologue de son état référencé sur Wikipedia (ici), tient – comme d’autres plus ou moins connus, plus ou moins anonymes – un blog. Ce blog est hébergé par les éditions Agone.

M. Garnier écrit visiblement au Monde libertaire (la tendance politique que ce journal représente ne m’a jamais attiré, il faut dire) et je n’avais donc jamais entendu parler de lui. La tendance Camus-Onfray-Garnier et compagnie – à laquelle sans doute s’ajoute Dany Cohn-Bendit – m’a toujours hérissé puisque n’assumant jamais l’héritage révolutionnaire jusque dans ses erreurs pour présenter un révolutionnarisme d’opérette avec des mains blanches – surtout pas rouges ! – qui ne serviront jamais. Pour faire bref, je préfère Sartre (qui ne se trompait pas d’ennemi) !

Il se trouve que M. Garnier, sur son blog et du haut de son mandarinat au drapeau noir (il y a quand même de quoi rire, ces libertaires sont incorrigibles !), a littéralement – ou presque – pompé mon dernier article qui traitait notamment du rapport de M. Mélenchon à Mitterrand. Le texte, initialement publié dans l’édition « Mille communismes » de Mediapart, s’est ainsi retrouvé repris ici affublé au passage de quelques cuistreries aussi malhonnêtes que pitoyables. Notre anarchiste, forcément léninophobe, a attribué la mention de « crétinisme parlementaire » à Marx mais même ce mensonge a du lui paraître indigeste – trahir Bakounine… Il a également nié que Mao Zedong ait dit « la révolution n’est pas un dîner de gala ». Enfin, il n’a pas repris la phrase sur la fausse laïcité qui dissimule mal une vraie islamophobie (nos anarchistes français savent être de grands rrrrrépublicains).

Nos deux textes (ou plutôt, le mien puis l’à peu près mien signé par lui) ont exactement un mois d’écart. M. Garnier, donc, arrive après la bataille. Ceci n’est pas sans rapport avec la léninophobie du courant qu’il représente : on vient toujours après, on prend ce qui est bon, ce qui claque et l’on rejette ce qui est dur à endosser et/ou la réalité concrète de la politique d’émancipation comme, par exemple, la révolution. D’où la détestation dans le monde anarchiste des figures victorieuses d’un bref moment de victoire populaire : Robespierre, Lénine, Hô Chi Minh, Trotski ou Mao sont ainsi voués aux gémonies et on leur préfère les idiots utiles du capital comme Proudhon ou Albert Camus (je parle politique, là, et non littérature).

Je m’attarde sur les principes. Le courant anarchiste français est censé être le plus correct et le plus honnête, le moins « stalinien » de la nébuleuse révolutionnaire. Il y a de quoi rire car ce plagiat de M. Garnier montre que la malhonnêteté est une chose bien partagée chez nos purs aux mains blanches et inutiles. Que l’on pense aux torchons du célèbre libertaire Michel Onfray contre la pensée révolutionnaire (psychanalyse comprise) et ses figures et l’on aura une idée des principes de cette mouvance. Sans parler des frères Cohn-Bendit…

Que l’on me comprenne bien. M. Garnier a absolument le droit de reprendre mon article et de le partager. Cela s’est fait du reste et parfois même par des gens dont les opinions différaient singulièrement des miennes. C’est ainsi ; c’est normal.

Mais la moindre des choses, a fortiori quand on se targue d’être un intellectuel contestataire au rebours du monde capitalo-parlementaire, c’est d’être probe et de citer ses sources. Sinon, on est un mandarin universitaire comme disaient les maos de jadis et, Agone ou pas, on ne vaut guère plus qu’un Alain Minc, factotum de Foutriquet II bientôt destiné aux poubelles de l’Histoire.

Je réclame donc une modification du billet de M. Jean-Pierre Garnier où celui-ci, avec la plus grande clarté, exposera la provenance exacte du texte qu’il s’est bien malhonnêtement attribué.

Si quelqu’un le connaît, je le prierais de faire suivre ma légitime requête.

Yvan Najiels

 

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Comme le dit l’ami Charles, on s’est fait rouler dans la farine. Je vous prie donc d’accepter mes excuses les plus plates pour avoir diffusé le texte d’un auteur si peu scrupuleux.

On attend évidemment la réaction d’Agone, voire celle de Jean-Pierre Garnier qui, à l’heure qu’il est, doit sans doute se cacher sous terre.