Réédition de “La Nuit” de Michèle Bernstein

michele-bernstein

 

« Gilles savait pourtant que Carole ne tenait aucun compte de la mode. Ce qu’elle avait de naturellement assez conventionnel, et qui était tout ce que Geneviève voulait connaître d’elle, Carole le vivait en n’obéissant qu’à son coeur. Elle avait un goût un peu lourd pour les destins maudits, mais ressentait sincèrement qu’il ne lui était pas très facile de vivre. Geneviève, qui ne manquait guère une occasion de mettre en lumière cette faiblesse de Carole, avait fait remarquer qu’à tout prendre, c’était plutôt un avantage, dans la conversation et dans la conduite d’une petite fille relevant de ce type physique. »

 

Présentation de l’éditeur :

Les Liaisons dangereuses dans le style du Nouveau Roman. C’est l’exercice auquel Michèle Bernstein se plie avec brio dans ce récit rocambolesque. Michèle Bernstein publie ce texte en 1961, moment où émergent des écrivains comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Marguerite Duras et Michel Butor. C’est cette « aventure d’une écriture » que l’auteur parodie et qui lui permet de décrire par une subtile mise en abyme les aventures amoureuses de ses personnages. Les protagonistes de La Nuit appartiennent à la frange la plus libre de la jeunesse des années 50 et 60. Ils s’aiment mais rejettent les schémas conventionnels. Le libertinage est nécessairement de mise. Gilles et Geneviève, le couple durable, entraînent dans leur sillage un essaim d’amants et de maîtresses, interchangeables à souhait. Carole a à peine vingt ans, elle est coiffée à la garçonne et deviendra la passion, éphémère, de Gilles. Geneviève se console dans le lit de Bertrand puis dans celui d’Hélène. Au premier plan : une ville, Paris, et un village reculé dans le sud méditerranéen. En réalité, une sourde mélancolie émane de ces descriptions d’un Paris désormais enfoui dans les mémoires. Les personnages dérivent dans ces rues labyrinthiques et finissent par s’y égarer. Adaptation littéraire des théories situationnistes, ce récit se lit comme une construction de situations, savamment contrôlées afin d’échapper à l’ennui des normes, des cadres et de la vie quotidienne. Mais La Nuit se déchiffre aussi. C’est un roman à clefs qui laisse filtrer un portrait de Guy Debord et de Michèle Bernstein elle-même, faisant apercevoir son goût du jeu, son humour mais aussi sa finesse d’écriture et d’esprit.

 

L’édition originale de La Nuit est parue à Paris chez Buchet-Chastel en 1961. Photo de Garans.

Michèle Bernstein dans ces pages : Tous les chevaux du roi ; Lecture pour tous (Pierre Dumayet).

Un autoportrait inédit de Baudelaire

baudelaire

 

Ça vient du Figaro. (Merci Pacôme !)

Pacôme Thiellement en résidence à la librairie le Monte-en-l’air


 

Bonjour, monde cruel ! À l’aube de la Guerre de l’Âme, au moment même où le Pape cesse officiellement de croire à l’efficacité de l’élaboration chrétienne et occidentale du monde, nous nous retrouvons, amis ou complices, sans autre choix que de faire une mise au point sur les bases métaphysiques du cycle de manifestation que nous quittons, ainsi que celui dans lequel nous entrons.

Notre mal, c’est la dépression, la paralysie de la détermination, la vaporisation de la volonté. Ce que nous cherchons, c’est à réveiller en nous les forces de vie qui nous permettrons d’affronter 2013 comme le nécessite cette année qui s’annonce terrible et grandiose, effarante et comique…

De Charles Baudelaire à Buffy Summers, en passant par René Daumal et Roland Topor : avec des intercesseurs pareils, nous allons nous faire entendre par les hiérarchies des anges et des démons. Nous allons réfléchir, rire, recouper, rechercher. Nous allons découper, détourer, enfoncer, enterrer. Nous allons réveiller, réincarner, ressusciter, accomplir. Et Satan Trismégiste se retournera sur l’oreiller du mal tant on l’empêchera de dormir.

Pacôme Thiellement

 

 

Les illustrations sont de Killoffer. La photo est de Quentin Caffier.

Le site Satan Trismégiste, celui du Monte-en-l’air.

Prolongation jusqu’au 2 juin de l’exposition sur le Chat noir au musée de Montmartre

« Le Chat Noir est le cabaret le plus extraordinaire du monde. On y coudoie les hommes les plus illustres de Paris, qui s’y rencontrent avec des étrangers venus de tous les points du globe… C’est le plus grand succès de l’époque ! Entrez !! Entrez !! »

Rodolphe Salis

 

 

Michèle Bernstein, “Tous les chevaux du roi”

 

Puisque je signalais cette réédition au sujet du mémorable passage télévisé de Michèle Bernstein chez Pierre Dumayet en 1960, autant montrer la couverture et donner la présentation de l’éditeur.

Tous les chevaux du roi est le premier roman de Michèle Bernstein, à l’époque membre de l’Internationale situationniste et épouse de Guy Debord. Poupée russe, ce livre est d’abord le récit – sorte de transposition moderne, ironique et distanciée des Liaisons dangereuses – des aventures de Gilles et Geneviève : leurs errances, leurs rencontres, leurs discussions, leurs amours caractéristiques de la jeunesse la plus libre des années 50. À ce titre, Tous les chevaux du roi est une illustration romanesque des théories situationnistes : comment “construire une situation” dans la vie quotidienne, en toute conscience et en contrôler l’évolution afin d’échapper aux courants dangereux qui ramènent la vie dans les cadres traditionnels. On le lira évidemment aussi comme un roman à clefs, qui offre sans doute le portrait le plus subtil et le plus sensible qu’on ait de Guy Debord et de Michèle Bernstein elle-même, avec son goût du jeu, son humour et sa lucidité. Longtemps introuvable, Tous les chevaux du roi était devenu un livre mythique.

Michèle Bernstein, Tous les chevaux du roi, Paris, Allia, 2004, 10 x 17 cm, 128 p., 6,20 €. Édition originale : Paris, Buchet-Chastel, 1960.

Michèle Bernstein et Pierre Dumayet s’entretiennent de la parution de “Tous les chevaux du roi” (1960)

“De quoi t’occupes-tu exactement ? – De la réification. – Je vois, c’est un travail très sérieux avec de gros livres et beaucoup de papiers sur une grande table. – Non, je me promène. Principalement, je me promène.”

 

 

Depuis le temps que je voulais voir cette émission, je n’ai pas été déçu, Michèle est tout simplement irrésistible : belle comme un cœur, séductrice en diable, drôle et spirituelle. Un grand merci aux amis qui l’ont fait circuler sur Facebook !

Publié à Paris chez Buchet-Chastel en 1960, Tous les chevaux du roi a été réédité aux Éditions Allia en 2004.

Un très bon texte de Virginie Despentes en faveur du mariage pour tous

 

Virginie Despentes répond à Lionel Jospin et aux anti-mariage pour tous
Tribune publiée dans Têtu, le 12 novembre 2012

 

« C’est la position de mon parti, et donc je la respecte. Ce n’était pas la mienne au départ. Ce que je pense c’est que l’idée fondamentale doit rester, pour le mariage, pour les couples et pour la vie en général, que l’humanité est structurée entre hommes et femmes. »

Lionel Jospin.

 

Alors, cette semaine, c’est Lionel Jospin qui s’y colle. Il trouve qu’on n’entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c’est sans homophobie. Il n’a pas dit qu’on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler : attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. « L’humanité est structurée sur le rapport hommes femmes. » Juste, sans homophobie : les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l’humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles – mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n’est pas de l’humain pur jus, pas de l’humain-humain comme l’est monsieur Jospin. Ce n’est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça : il a une idée forte de ce qu’est l’humanité, et l’humanité, c’est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C’est dommage pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité-là, c’est l’histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c’est l’humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l’admettre : il y a d’une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l’autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s’estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu’elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l’État. Mais c’est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste : l’humanité, certains d’entre nous en font moins partie que d’autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard : moins humains que des hétéros. Donc, selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n’aille pas mal le prendre : depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C’est quasiment une question de bon sens.

Mais c’est dit sans homophobie, c’est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C’est davantage le bon sens que l’homophobie qui les pousse à s’exprimer. Dans ce débat, personne n’est homophobe. Ils sont juste contre l’égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien : non seulement contre l’égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l’égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu’on est bien d’accord que tant qu’on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m’étais déjà dit que je ne me voyais pas « femme » comme le sont les « femmes » qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu’à cette déclaration, je n’avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l’humanité. Ça va me prendre un moment avant de m’y faire. C’est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu’on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés.

Au départ, cette histoire de mariage, j’en avais moitié rien à faire – mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu’on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m’intéresser.

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l’humanité. Il n’y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d’un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l’enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L’enfant était un bâtard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin ? L’humanité y a t-elle perdu tant que ça ? À quel moment de l’évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance ?

Jospin, comme beaucoup d’opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletées, alors chez eux ce n’est plus un papa et une maman, c’est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu’ils ne changent de voiture. On sait que l’adultère est un sport courant (qu’on lise sur Internet les commentaires d’hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l’importance de la monogamie en hétérosexualité – ils n’y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s’en mêle) et on sait d’expérience qu’ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d’une immense partouze à l’amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s’agit des homosexuels ? On salirait l’institution ? On la dévoierait ? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d’avantage que ce que vous avez déjà fait, c’est perdu d’avance… dans l’état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c’est qu’on accepte de s’en servir. Le Vatican brandit la polygamie – comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l’affaire, mais c’est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n’empêche qu’on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l’humanité telle que la conçoit cette gauche-là, mais passons – ne vous en faites pas pour la polygamie : vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c’est quoi, sinon une forme de polygamie ? Que les cathos s’occupent d’excommunier tous ceux qui ne respectent pas l’institution, qu’ils s’occupent des comportements des mariés à l’église, ça les occupera tellement d’y mettre un peu d’ordre qu’ils n’auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c’est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça : on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Être des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j’m’enfoutistes, plus névrosés et toxiques – impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l’humanité en subit d’autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n’y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l’idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu’est-ce que ça peut faire ? Je sais, je comprends, ça gêne l’oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l’hétérosexualité, c’est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n’a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu’une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories : les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J’ai l’impression qu’en tombant amoureuse d’une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains-moins humains de Lionel Jospin) j’ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J’ai l’impression d’être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j’avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d’une moitié de droits. Ça me chagrine que l’État mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu’ils peuvent le penser, mais que la loi n’a pas à être de leur côté.

Si demain on m’annonce que j’ai une tumeur au cerveau et qu’en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d’aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m’assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c’est la mort qui nous sépare, tout ce qui m’appartient lui appartient, à elle. Si j’étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes : un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c’est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu’on puisse la contester. Ou qu’elle doive payer soixante pour cent d’impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu’on est les seuls à devoir payer alors qu’on vit en couple. Que n’importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c’est normal, c’est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j’ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J’aimerais, s’il m’arrivait quelque chose, savoir qu’elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s’assurer que n’importe quelle petite hétéro touchera sa part de l’héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu’un humain hétéro, j’ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits – je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m’incluent ou pas dans leur conception de l’humanité, je veux que l’État lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays.

La question de l’héritage est centrale dans l’institution du mariage. Les sourds, les aveugles et les mal formés pendant longtemps n’ont pas pu hériter. Ils n’étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu’on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n’héritaient pas. Elles n’avaient pas d’âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s’occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l’époque ils s’appelaient Proudhon. J’ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l’humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu’homophobie pour décrire ce que je ressens d’hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu’a commencé ce débat. J’ai grandi hétéro, en trouvant normal d’avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n’aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et me déclarant « déviante ». J’aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n’a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n’ai pas à me sentir punie parce que j’échappe à l’hétérosexualité.

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu’elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d’hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c’est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l’entendez, et donnez-moi les droits de vivre la mienne, comme je l’entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s’imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c’est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu’un petit Coréen ou un petit Haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu’il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu’il n’est pas l’enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu’ils préparent une génération d’orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l’hétérosexualité à l’occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c’est la seule façon de faire partie de l’humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n’y a pas de quoi, et on n’est pas là pour ça. Vos vies dans l’ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l’entendent. Personne n’a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d’abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n’est pas un choix de vie, c’est une terreur politique, je m’étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.

 

“Vie privée et publique des Animaux” de Grandville

 

Vie privée et publique des Animaux, Paris, Éditions des Grands Champs, 2011, Tome I : 384 p., Tome II : 288 p., 16,3 x 23,6 cm. Préface de Louis Janover. Texte établi d’après l’édition complète de Hetzel (Paris, 1867).
Illustrations de Grandville. Textes de P.-J. Stahl (nom de plume de Pierre-Jules Hetzel), Balzac, George Sand, Jules Janin, Édouard Lemoine, Paul de Musset, Louis Viardot, Alfred de Musset, Émile de la Bédollière, Louis Baude, Mme Ménessier-Nodier, Pierre Bernard, Charles Nodier, Gustave Droz.

 

Présentation de l’éditeur :

Tandis que, au mitan du XIXe siècle, les livres illustrés connaissent une grande popularité, Hetzel propose au caricaturiste Grandville l’illustration des Scènes de la vie privée et publique des Animaux. Ce sera là le premier ouvrage publié par le jeune éditeur et celui qui consacrera Grandville. Ils dressent ensemble une liste de trente-cinq animaux que Hetzel soumet ensuite à des écrivains prestigieux, sans leur imposer de contraintes formelles. Il en ressort un ensemble se composant au final d’une trentaine d’histoires, lesquelles témoignent d’une grande diversité de styles.

À l’instar de La Comédie humaine, il s’agit de dresser un portrait critique de la société de l’époque en plusieurs tableaux – comme le suggère le sous-titre : Études de mœurs contemporaines. Grandville a alors déjà posé les fondements de son œuvre, notamment dans Les Métamorphoses du jour (une suite de lithographies publiée en 1828-1829), en recourant à une hybridation entre l’homme et l’animal. Dans cette veine anthropomorphique, il a également à son actif l’illustration des Fables de La Fontaine (1838). En jouant à nouveau des frontières entre homme et animal, la réalisation de cet ouvrage lui permet de poursuivre sa réflexion. Grâce à la précision et au réalisme de ses traits, il rend compte de la condition humaine avec un sens de l’observation et un humour saisissants, une vision tout à fait singulière que d’aucuns ont attribuée à un « précurseur du surréalisme ».

 

La présentation du livre est ici. Sur Hetzel, voir ce lien.

Tous les hommes sont fous

 

Marquis de Sade, Dorci ou la bizarrerie du sort suivi de Dialogue entre un prêtre et un moribond, Paris, Les Cahiers de l’Archipel, 1957, 12,5 x 16,5 cm, 96 p. Tirage limité à 500 ex. La photo montre la quatrième de couverture.

L’étoile de Raymond Roussel

 

Présentation de Sotheby’s :

Petit gâteau sec en forme d’étoile à cinq branches, placé dans une boîte d’argent spécialement fabriquée selon sa forme, avec un couvercle de cristal, l’habitacle ainsi constitué fermant par un minuscule cadenas. À l’anneau de suspension situé à l’extrémité d’une branche est attachée une pièce de peau de vélin sur laquelle est inscrit à la plume et encre noire : « Étoile provenant d’un déjeuner que j’ai fait le Dimanche 29 Juillet 1923 à l’Observatoire de Juvisy chez Camille Flammarion qui présidait. Raymond Roussel. » Le gâteau est brisé.

La suite de la présentation sur le site de cette maison.

L’étoile posée horizontalement circule sur des blogs espagnols – sans doute parce que l’objet a été exposé au musée de la reine Sofia.

Un grand merci à Grégory Haleux pour cette découverte.

Rencontre avec Dominique Forma pour son roman “Voyoucratie”

Signature-rencontre le 26 octobre à partir de 19 heures à la librarie Charybde au 129, rue de Charenton, Paris XIIe (métro : Gare de Lyon). Serge Quadruppani est le deuxième invité de cette soirée. Le site de la librairie est ici.

Une page de “Haldernablou” et ses sources par Tom de Pékin

 

Tom de Pékin et Alfred Jarry, Haldernablou, Achères, United Dead Artists, 2011.

La présentation du livre est ici. Il y a d’autres images de Tom de Pékin dans ces pages, voir les liens ci-dessous.

Top