Cornelius Castoriadis : “Les Écrits politiques, 1945-1997, III : Quelle démocratie ? Tome I”

 

 

On a pas mal évoqué dans la presse écrite la parution en septembre dernier d’une biographie de Cornelius Castoriadis par François Dosse (dont j’avais lu avec intérêt L’Histoire en miettes, Des « Annales » à la « nouvelle histoire »). Or à l’exception du site de France Culture, aucun des articles que j’ai vu passer n’a mentionné l’ambitieuse entreprise des Éditions du Sandre consistant à remettre en circulation l’ensemble des écrits politiques du cofondateur de Socialisme ou Barbarie, un projet échelonné sur plusieurs années. Ça m’a quand même énervé !

 

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Cornelius Castoriadis
Quelle démocratie ? Tome I
ÉCRITS POLITIQUES, 1945-1997, III

Éditions du Sandre, Paris, 2014, 15,5 x 24,5, 696 p., reliure cartonnée, 32 euros.

Édition préparée par Enrique Escobar, Myrto Gondicas et Pascal Vernay.

 

I. Une nouvelle orientation

 

- Pour une nouvelle orientation (1962)
- Sur l’orientation de la propagande (1962)
- Sur l’orientation des activités (1963)
- Recommencer la révolution (1963)
- Postface à « Recommencer la révolution » (1963, 1974)
- La grève des mineurs (1963)
- La jeunesse étudiante (1963)
- Fissures dans le bloc occidental (1963)
- Le rôle de l’idéologie bolchevique dans la naissance de la bureaucratie (1964)
- Quelques remarques sur « Riches et pauvres en Amérique » (1964)
- La praxis et les racines du projet révolutionnaire (1965)
- La crise de la société moderne (1965)
- La suspension de la publication de « Socialisme ou Barbarie » (1967)
- La révolution anticipée (1968)
- Benno Sternberg-Sarel (1971)

 

II. Qu’est-ce qu’une société autonome ?

 

- Introduction générale à la réédition en « 10/18 » (1972)
- Avertissement pour la réédition en « 10/18 » (1973)
- La question de l’histoire du mouvement ouvrier (1973)
- Notes sur la question de l’organisation (1974)
- La hiérarchie des salaires et des revenus (1974)
- Discussion avec des militants du PSU (1974)
- Autogestion et hiérarchie (1974)
- L’exigence révolutionnaire (1976)
- La source hongroise (1976)
- Deux lettres sur l’activité révolutionnaire et la situation en Espagne (1975-1976)
- Les divertisseurs (1977)
- La gauche et la France en 1978 (1977)
- L’évolution du PCF (1977)
- De la langue de bois à la langue de caoutchouc (1978)

 

Écrits politiques, I & II.

Les dernières parutions des Éditions du Sandre.

 

Les couvertures de “J’ai Lu” pour Neil Gaiman

 

 

Je profite de la venue prochaine de Neil Gaiman en France pour montrer les couvertures des rééditions de deux de ses romans chez J’ai Lu – comme je l’avais fait pour Philip K. Dick. Elles sont signées du Studio J’ai Lu (d’après les planches de Grandville ?). Cliquez sur les couvertures pour les agrandir.

American Gods est un chef-d’œuvre qui avait obtenu en 2002 les prix Hugo et Nebula, de très hautes distinctions anglo-saxonnes pour la littérature de science-fiction et fantastique.

Quant à Pratchett, il s’agit bien entendu de Terry Pratchett, l’Anglais qui a inventé l’univers que narre « Les Annales du Disque-Monde » et que publie L’Atalante à Nantes. J’avais déniché de beaux timbres du Disque-Monde, ils sont à voir ici.

 

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Neil Gaiman sera présent à Vincennes vendredi prochain pour une séance de dédicaces

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Neil Gaiman sera l’invité de la Librairie Millepages à Vincennes (91 rue de Fontenay), le vendredi 24 octobre à partir de 18 h, pour la signature de son nouveau roman, L’Océan au bout du chemin prix Locus du meilleur roman de fantasy que publie Au diable vauvert. Je précise qu’il s’agit de la seule rencontre de l’auteur prévue en France. Cliquez sur la couverture pour l’agrandir.

Le blog de Gaiman.

 

“Dessins bâtards” de Placid et Anne van der Linden ce soir à la librairie Le Monte-en-l’air

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À quelques heures de la fin de l’exposition de Placid à la librairie Le Monte-en-l’air, je signale que Placid et Anne van der Linden présenteront à partir de 18 h 30 le portfolio Dessins bâtards comprenant treize sérigraphies en deux couleurs au format A3 tiré à 130 exemplaires par Mathieu Desjardins des éditions Méconium. Les originaux seront exposés à la galerie.

J’ai évoqué la parution de J’y étais de Placid ici.

 

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Marcel Duchamp : les entretiens avec Pierre Cabanne (1967)

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C’est très simple : c’est un livre incontournable !

 

Pierre Cabanne, Entretiens avec Marcel Duchamp, Paris/Pin-Balma, Allia/Sables, 2014, 17 x 22 cm, 160 p. La fiche du livre est ici.

Photographie de couverture : Edward Steichen, Marcel Duchamp, New York, 1917, tirage platine, 24,4 x 19,1 cm, Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950.

J’ai montré la couverture de l’édition originale chez Pierre Belfond ici.

 

“Rien n’est fini, tout commence” : Gérard Berréby s’entretient avec Raoul Vaneigem

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Présentation de l’éditeur :

Avec ce dialogue au long cours entre Gérard Berréby et Raoul Vaneigem, l’on traverse à grandes enjambées plus d’un demi-siècle, de 1950 à aujourd’hui. Truffée d’anecdotes, cette épopée retrace une période bouillonnante de l’Histoire. Raoul Vaneigem jette ici un regard parfois cruel, souvent drôle et exalté sur cet esprit de révolte insatiable qui les habitait, lui et ses acolytes. Renaissent les moments de fête qui enivrèrent les jeunes situationnistes, les conférences au cours desquelles s’échafaudaient les tactiques, se débattaient les questions théoriques ou encore se décidaient les exclusions. L’on croise la route de Guy Debord bien sûr, et de sa première épouse, Michèle Bernstein, mais aussi d’Attila Kotányi, de Mustapha Khayati, de Henri Lefebvre ou encore de René Viénet. L’on pénètre les arcanes d’une pensée qui frappe aujourd’hui encore. Au fil de la discussion éclate la clairvoyance d’un groupe qui, précocement et à rebours de l’opinion, sut dénoncer les dérives des révolutions castristes et maoïstes, puis déceler les prémices et les évolutions logiques de Mai 68. Pour en finir avec le travail.

Ouvrage illustré et agrémenté de témoignages inédits de Mustapha Khayati, René Viénet, Michèle Bernstein, Gianfranco Sanguinetti, Donald Nicholson­-Smith…

 

Gérard Berréby, Raoul Vaneigem, Rien n’est fini, tout commence, Paris, Allia, 2014, 16,3 x 24 cm, 400 p., illustrations en n&b.

Les informations viennent des éditions Allia. Cliquez sur la couverture pour l’agrandir.

 

“Les Limites à la croissance” : entretien avec Dennis Meadows (2012)

 

 

« Le scénario de l’effondrement l’emporte »
Laure Noualhat, Libération du 15 juin 2012

 

En 1972, quatre jeunes scientifiques du Massachusetts Institute of Technologie (MIT) rédigent à la demande du Club de Rome un rapport intitulé The Limits to Growth (Les Limites à la croissance). Celui-ci va choquer le monde. Leur analyse établit clairement les conséquences dramatiques d’une croissance économique et démographique exponentielle dans un monde fini. En simulant les interactions entre population, croissance industrielle, production alimentaire et limites des écosystèmes terrestres, ces chercheurs élaborent treize scénarios, treize trajectoires possibles pour notre civilisation.

Nous sommes avant la première crise pétrolière de 1973, et pour tout le monde, la croissance économique ne se discute pas. Aujourd’hui encore, elle reste l’alpha et l’oméga des politiques publiques. En 2004, quand les auteurs enrichissent leur recherche de données accumulées durant trois décennies d’expansion sans limites, l’impact destructeur des activités humaines sur les processus naturels les conforte définitivement dans leur raisonnement. Et ils sont convaincus que le pire scénario, celui de l’effondrement, se joue actuellement devant nous. Rencontre avec l’un de ces scientifiques, Dennis Meadows, à la veille de la conférence de Rio + 20.

 

Le sommet de la Terre démarre mercredi à Rio. Vous qui avez connu la première conférence, celle de Stockholm, en 1972, que vous inspire cette rencontre, quarante ans plus tard ?

Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que des dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. Il faut que les gens comprennent que Rio + 20 ne produira aucun changement significatif dans les politiques gouvernementales, c’est même l’inverse.

Regardez les grandes conférences onusiennes sur le climat, chaque délégation s’évertue à éviter un accord qui leur poserait plus de problèmes que rien du tout. La Chine veille à ce que personne n’impose de limites d’émissions de CO2, les États-Unis viennent discréditer l’idée même qu’il y a un changement climatique. Avant, les populations exerçaient une espèce de pression pour que des mesures significatives sortent de ces réunions. Depuis Copenhague, et l’échec cuisant de ce sommet, tout le monde a compris qu’il n’y a plus de pression. Chaque pays est d’accord pour signer en faveur de la paix, de la fraternité entre les peuples, du développement durable, mais ça ne veut rien dire. Les pays riches promettent toujours beaucoup d’argent et n’en versent jamais.

 

Vous n’y croyez plus ?

Tant qu’on ne cherche pas à résoudre l’inéquation entre la recherche perpétuelle de croissance économique et la limitation des ressources naturelles, je ne vois pas à quoi ça sert. À la première conférence, en 1972, mon livre les Limites à la croissance (dont une nouvelle version enrichie a été publiée en mai) avait eu une grande influence sur les discussions. J’étais jeune, naïf, je me disais que si nos dirigeants se réunissaient pour dire qu’ils allaient résoudre les problèmes, ils allaient le faire. Aujourd’hui, je n’y crois plus !

 

L’un des thèmes centraux de la conférence concerne l’économie verte. Croyez-vous que ce soit une voie à suivre ?

Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. Tout comme les termes soutenabilité et développement durable, le terme d’économie verte n’a pas vraiment de sens. Je suis sûr que la plupart de ceux qui utilisent cette expression sont très peu concernés par les problèmes globaux. La plupart du temps, l’expression est utilisée pour justifier une action qui aurait de toute façon été mise en place, quelles que soient les raisons.

 

Vous semblez penser que l’humanité n’a plus de chance de s’en sortir ?

Avons-nous un moyen de maintenir le mode de vie des pays riches ? Non. Dans à peine trente ans, la plupart de nos actes quotidiens feront partie de la mémoire collective, on se dira : « Je me souviens, avant, il suffisait de sauter dans une voiture pour se rendre où on voulait », ou « je me souviens, avant, on prenait l’avion comme ça ». Pour les plus riches, cela durera un peu plus longtemps, mais pour l’ensemble des populations, c’est terminé. On me parle souvent de l’image d’une voiture folle qui foncerait dans un mur. Du coup, les gens se demandent si nous allons appuyer sur la pédale de frein à temps. Pour moi, nous sommes à bord d’une voiture qui s’est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable.

En 1972, à la limite, nous aurions pu changer de trajectoire. À cette époque, l’empreinte écologique de l’humanité était encore soutenable. Ce concept mesure la quantité de biosphère nécessaire à la production des ressources naturelles renouvelables et à l’absorption des pollutions correspondant aux activités humaines. En 1972, donc, nous utilisions 85 % des capacités de la biosphère. Aujourd’hui, nous en utilisons 150 % et ce rythme accélère. Je ne sais pas exactement ce que signifie le développement durable, mais quand on en est là, il est certain qu’il faut ralentir. C’est la loi fondamentale de la physique qui l’exige : plus on utilise de ressources, moins il y en a. Donc, il faut en vouloir moins.

 

La démographie ne sera pas abordée à Rio + 20. Or, pour vous, c’est un sujet majeur…

La première chose à dire, c’est que les problèmes écologiques ne proviennent pas des humains en tant que tels, mais de leurs modes de vie. On me demande souvent : ne pensez-vous pas que les choses ont changé depuis quarante ans, que l’on comprend mieux les problèmes ? Je réponds que le jour où l’on discutera sérieusement de la démographie, alors là, il y aura eu du changement.

Jusqu’ici, je ne vois rien, je dirais même que c’est pire qu’avant. Dans les années 70, les Nations unies organisaient des conférences sur ce thème, aujourd’hui, il n’y a plus rien.

 

Pourquoi ?

Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Aux États-Unis, on ne discute plus de l’avortement comme d’une question médicale ou sociale, c’est exclusivement politique et religieux. Personne ne gagnera politiquement à ouvrir le chantier de la démographie. Du coup, personne n’en parle. Or, c’est un sujet de très long terme, qui mérite d’être anticipé. Au Japon, après Fukushima, ils ont fermé toutes les centrales nucléaires. Ils ne l’avaient pas planifié, cela a donc causé toutes sortes de problèmes. Ils ont les plus grandes difficultés à payer leurs importations de pétrole et de gaz. C’est possible de se passer de nucléaire, mais il faut le planifier sur vingt ans.

C’est la même chose avec la population. Si soudainement vous réduisez les taux de natalité, vous avez des problèmes : la main-d’œuvre diminue, il devient très coûteux de gérer les personnes âgées, etc. À Singapour, on discute en ce moment même de l’optimum démographique. Aujourd’hui, leur ratio de dépendance est de 1,7, ce qui signifie que pour chaque actif, il y a 1,7 inactif (enfants et personnes âgées compris). S’ils stoppent la croissance de la population, après la transition démographique, il y aura un actif pour sept inactifs. Vous comprenez bien qu’il est impossible de faire fonctionner correctement un système social dans ces conditions. Vous courez à la faillite. Cela signifie qu’il faut transformer ce système, planifier autrement en prenant en compte tous ces éléments.

La planification existe déjà, mais elle ne fonctionne pas. Nous avons besoin de politiques qui coûteraient sur des décennies mais qui rapporteraient sur des siècles. Le problème de la crise actuelle, qui touche tous les domaines, c’est que les gouvernements changent les choses petit bout par petit bout. Par exemple, sur la crise de l’euro, les rustines inventées par les États tiennent un ou deux mois au plus. Chaque fois, on ne résout pas le problème, on fait redescendre la pression, momentanément, on retarde seulement l’effondrement.

 

Depuis quarante ans, qu’avez-vous raté ?

Nous avons sous-estimé l’impact de la technologie sur les rendements agricoles, par exemple. Nous avons aussi sous-estimé la croissance de la population. Nous n’avions pas imaginé l’ampleur des bouleversements climatiques, la dépendance énergétique. En 1972, nous avions élaboré treize scénarios, j’en retiendrais deux : celui de l’effondrement et celui de l’équilibre. Quarante ans plus tard, c’est indéniablement le scénario de l’effondrement qui l’emporte ! Les données nous le montrent, ce n’est pas une vue de l’esprit.

Le point-clé est de savoir ce qui va se passer après les pics. Je pensais aussi honnêtement que nous avions réussi à alerter les dirigeants et les gens, en général, et que nous pouvions éviter l’effondrement. J’ai compris que les changements ne devaient pas être simplement technologiques mais aussi sociaux et culturels. Or, le cerveau humain n’est pas programmé pour appréhender les problèmes de long terme. C’est normal : Homo sapiens a appris à fuir devant le danger, pas à imaginer les dangers à venir. Notre vision à court terme est en train de se fracasser contre la réalité physique des limites de la planète.

 

N’avez-vous pas l’impression de vous répéter ?

Les idées principales sont effectivement les mêmes depuis 1972. Mais je vais vous expliquer ma philosophie : je n’ai pas d’enfants, j’ai 70 ans, j’ai eu une super vie, j’espère en profiter encore dix ans. Les civilisations naissent, puis elles s’effondrent, c’est ainsi. Cette civilisation matérielle va disparaître, mais notre espèce survivra, dans d’autres conditions. Moi, je transmets ce que je sais, si les gens veulent changer c’est bien, s’ils ne veulent pas, je m’en fiche. J’analyse des systèmes, donc je pense le long terme. Il y a deux façons d’être heureux : avoir plus ou vouloir moins. Comme je trouve qu’il est indécent d’avoir plus, je choisis de vouloir moins.

 

Partout dans les pays riches, les dirigeants promettent un retour de la croissance, y croyez-vous ?

C’est fini, la croissance économique va fatalement s’arrêter, elle s’est déjà arrêtée d’ailleurs. Tant que nous poursuivons un objectif de croissance économique « perpétuelle », nous pouvons être aussi optimistes que nous le voulons sur le stock initial de ressources et la vitesse du progrès technique, le système finira par s’effondrer sur lui-même au cours du XXIe siècle. Par effondrement, il faut entendre une chute combinée et rapide de la population, des ressources, et de la production alimentaire et industrielle par tête. Nous sommes dans une période de stagnation et nous ne reviendrons jamais aux heures de gloire de la croissance. En Grèce, lors des dernières élections, je ne crois pas que les gens croyaient aux promesses de l’opposition, ils voulaient plutôt signifier leur désir de changement. Idem chez vous pour la présidentielle. Aux États-Unis, après Bush, les démocrates ont gagné puis perdu deux ans plus tard. Le système ne fonctionne plus, les gens sont malheureux, ils votent contre, ils ne savent pas quoi faire d’autre. Ou alors, ils occupent Wall Street, ils sortent dans la rue, mais c’est encore insuffisant pour changer fondamentalement les choses.

 

Quel système économique fonctionnerait d’après vous ?

Le système reste un outil, il n’est pas un objectif en soi. Nous avons bâti un système économique qui correspond à des idées. La vraie question est de savoir comment nous allons changer d’idées. Pour des pans entiers de notre vie sociale, on s’en remet au système économique. Vous voulez être heureuse ? Achetez quelque chose ! Vous êtes trop grosse ? Achetez quelque chose pour mincir ! Vos parents sont trop vieux pour s’occuper d’eux ? Achetez-leur les services de quelqu’un qui se chargera d’eux ! Nous devons comprendre que beaucoup de choses importantes de la vie ne s’achètent pas. De même, l’environnement a de la valeur en tant que tel, pas seulement pour ce qu’il a à nous offrir.

 

Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers, Les Limites à la croissance (dans un monde fini), Paris, Rue de l’Échiquier, 2012, 15 x 20 cm, 432 p., 25 euros.

 

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Couverture de l’édition canadienne (Écosociété, Montréal, 2013).
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

 
Une numérisation de bonne qualité de l’édition originale en anglais (New York, Universe Books, 1972) est disponible en fichier Pdf ici.
 

Parution de “À nos amis” du Comité invisible le 21 octobre

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« L’État est la mafia qui a vaincu toutes les autres,
et qui a gagné en retour le droit de les traiter comme criminelles. »

 

En 2007, nous publiions L’insurrection qui vient. Un livre qu’on a aujourd’hui fini d’associer à « l’affaire Tarnac », en oubliant qu’il était déjà un succès en librairie avant que les médias et la ministre de l’intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, ne s’en emparent en 2008, garantissant pour de bon sa promotion à grande échelle.

Durant les sept années qui séparent L’insurrection qui vient d’À nos amis, les agents du Comité Invisible ont continué de lutter, de s’organiser, de se porter aux quatre coins du monde là où il s’embrasait, de débattre avec des camarades de toute tendance et de tout pays.

À nos amis est ainsi écrit au ras de ce mouvement général, au ras de l’expérience. Ses mots émanent du cœur des troubles et s’adressent à tous ceux qui croient encore suffisamment en la vie pour se battre.

À nos amis se veut un rapport sur l’état du monde et du mouvement, un écrit essentiellement stratégique et ouvertement partisan. Son ambition politique est démesurée : produire une intelligibilité partagée de l’époque, en dépit de l’extrême confusion du présent.

 

Mallarmé : l’anglais récréatif

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« Pour la première fois, L’Anglais récréatif ou Boîte pour apprendre l’Anglais en jouant et seul de Stéphane Mallarmé fait l’objet d’une exposition. Autour de ce manuscrit original est évoqué l’intérêt que portait le poète à la pédagogie de la langue anglaise. »

Présentation sur le site du musée.

 

Thomas Ott expose ses dernières planches à Lausanne du 10 octobre au 9 novembre 2014

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Thomas Ott sera présent à la librairie Humus de Lausanne (rue des Terreaux, 18 bis) lors du venissage de son exposition le 10 octobre pour dédicacer son adaptation de A Hell of a Woman de Jim Thompson (1954) que publie les Éditions la Baconnière. Tous les renseignements se trouvent sur Facebook.

Je mets l’annonce assez tôt pour que vous puissiez réserver un billet de train pour vous y rendre…

 

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George Orwell : deux nouvelles couvertures chez Penguin

 

Comme ça fait longtemps que je n’ai pas évoqué Penguin – éditeur dont j’ai quantité de choses à montrer –, j’y vais mollo en signalant pour commencer deux réimpressions de l’an dernier des classiques de George Orwell, La Ferme des animaux (Animal Farm, 1945) et 1984 (Nineteen Eighty-Four, 1949). Je les signale pour leur couverture puisque ni l’un ni l’autre de ces romans n’ont besoin de moi pour redire leur importance politique respectif, à plus forte raison celle de 1984 dont nos sociétés épousent toujours davantage les contours malfaisants.

 

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Animal Farm est republié après une composition de Shepard Fairey dont la qualité avait été grandement louée à sa sortie en 2008. Le dynamisme de la typographie du nouveau visuel et ce paysage taillé à la serpe, simplifié à l’extrême, évoquent certaines compositions, à la limite de l’abstraction, que l’on trouve dans la production cinématographique soviétique, chez Eisenstein par exemple, et les gravures sur bois de Frans Masereel. C’est brillant et, une fois n’est pas coutume, on échappe à l’inévitable suidé qui illustre le plus souvent les couvertures de ce roman – comme les papillons chez Nabokov.

 

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La couverture de Nineteen Eighty-Four est carrément angoissante. Son auteur a tout simplement détourné l’originale de Jan Tschichold, qui symbolise la charte graphique la plus célèbre de l’édition anglaise du XXe siècle, en se contentant de barrer le nom de l’auteur et le titre : quelle projection de ce qui pourrait advenir des éditions Penguin sous le règne de Big Brother !

 

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Bravo donc à ces deux relectures (malheureusement anonymes, les auteurs étant priés de se faire connaître puisque Penguin ne juge pas nécessaire d’indiquer leur nom) de l’univers d’Orwell qui montrent une fois encore l’extrême fraîcheur de la scène graphique anglo-saxonne. Cliquez sur les couvertures pour les agrandir.

 

Placid : un livre et une exposition

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Je voudrai dire un mot sur le livre, souligner une de ses originalités ; il combine graphisme – comme on peut s’y attendre – et « œuvre littéraire ». J’y étais relève du projet perecquien : comme dans Je me souviens (1978), Placid évoque des espaces parisiens qui nous sont communs. Ces lieux familiers, mille fois parcourus pour certains, sont revisités par le dessin, comme ils l’étaient par le jeu des réminiscences chez Georges Perec. Sans atteindre l’emphase et le systématisme de ce dernier (Perec égrène près de 500 souvenirs), Placid pose des images qui se superposent à la réalité et vont peut-être l’emporter sur elle.

 

L’exposition à la librairie Le Monte-en-l’air ne présentera aucune des planches de J’y étais (l’ensemble appartient à un collectionneur), mais opte pour un principe original : il s’agit d’en changer quotidiennement l’accrochage. S’il se déplace plusieurs fois, le visiteur aura accès à un large éventail du travail de Placid et, dans la mesure où il est d’une grande richesse, c’est presque une nécessité.

 

Exposition du 2 au 15 octobre au 71 rue de Ménilmontant/2 rue de la Mare dans le XXe à Paris. Vernissage le jeudi 2 octobre à 19 h, en présence de Placid.

 

Placid, J’y étais, Châtenay-Malabry, Alain Baulet éditeur, 2014, 20 x 14,6 (format à l’italienne), non paginé [88 p.], n&b. Cliquez sur la couverture pour l’agrandir.

Une présentation du livre est disponible sur le site de son éditeur.

 

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